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Archives Mensuelles: mars 2012

Il y en a qui manifestent de l’hostilité envers les personnes sans domicile fixe ayant un chien. Certains, en fait, sous le prétexte de la prétendue sécurité (« ces chiens sont souvent sans laisse ») ou de la « santé » (« ils se reproduisent en masse, ils sont des vecteurs pour la transmission des maladies ») voudraient même interdire aux sans abris le droit d’avoir un chien.

Ceux qui voudraient priver ces personnes déjà marginalisées et exclues socialement de la moindre dignité, du moindre confort, ceux qui ont la condescendance si outrancière de dicter à ces personnes ce à quoi ils ont droit – sans aucune connaissance des réalités de leurs vies – font preuve non seulement d’un profonde manque d’empathie et de chaleur humaine, mais, aussi, d’un ignorance des maintes façons – pratiques et emotionnelles – par lesquelles un chien peut s’avérer bénéfique et précieux à une personne qui vit dans la rue. Le chien a des qualités de protecteur, il sert de garde du corps et des biens de son maître, sa presence lui est rassurante. Un chien est un lien social, un repère affectif. Le plus sur des amis, un chien ne te juge pas, il te regarde dans les yeux, il te traite avec dignité. Contrairement au stéréotype voulant que les chiens des sans-abris sont violents et agressifs, les chiens de la rue sont les mieux socialisés, car ils sont fréquemment entourés, et les personnes sans abri qui ont un chien sont souvent plus désocialisés que les autres.

Nous sommes tous des sans-abri.

La principale difficulté recontrée par les personnes SDF ayant un chien est la même difficulté rencontrée par toute personne SDF : le logement. Cette difficulté est rendue autant plus ardue pour la personne SDF ayant un chien par le fait que très peu de structures d’accueil acceptent les chiens. Citons la Fondation 30 Millions d’Amis, qui, en 1999, en mettant à flot la péniche « Le Fleuron » – amarré à un quai de Seine et ouvert toute l’année – a crée le premier lieu d’acceuil pour les sans abri et leurs chiens à Paris :

Aujourd’hui, un SDF est encore trop souvent obligé de laisser son compagnon de route pour bénéficier d’une nuit au chaud, d’un repas, d’une douche… En effet, trop peu d’hébergement d’urgence acceptent les animaux. Le sans-abri est donc contraint d’abandonner son chien, son compagnon d’infortune pour se mettre au chaud. Pour la plupart, cette séparation est impossible car le lien qui les unit à leur animal est tellement fort qu’ils préfèrent rester dehors, même en plein hiver, que de de voir s’en séparer. Son chien étant, bien souvent, le dernier lien social qui lui reste. (Source : http://www.30millionsdamis.fr/la-fondation/nos-actions/proteger-les-animaux/le-fleuron-peniche-du-coeur/le-fleuron-peniche-du-coeur.html)

C’est une situation complexe, bien sûr, mais la solution n’est certainement pas de priver les personnes d’une relation qui relève souvent de la survie psychologique la plus fondamentale. À Bruxelles, non loin de la gare centrale, quatres containers ont été installés qui permettront le logement de 16 personnes et leurs chiens.  À Lyon, la Maison de Rodolphe peut accueillir 10 SDF avec leurs chiens dans des conditions de confort et de sécurité.  L’organisation française Gamelles Pleines met des croquettes à disposition aux différents centres d’accueil et apporte des soins de base aux chiens des personnes sans abri. À Vancouver, Canada The New Fountain Shelter peut acceuiller 28 personnes et leur animal. Ce sont des actions encourageantes et on espère qu’elles se multiplient et se repandent ailleurs.

Le chien c'est la famille.

La Ballade d’un sans-abri
Gilles Vigneault, 2003

J’avais dix ans, lorsque mon père nous a laissé
La vie, c’est une forêt d ‘misères a traversé
Mon frère est parti, militaire
Ma sœur, est entrée au couvent
A la petite voile, faut toujours
Faire avec le vent

Des cours du soir, une bonne mémoire
Je passe les détails
Je suis devenu un prof d’histoire
Un vrai travail,
Un beau matin, un jeune tout croche
Que mes remarques avaient fâché
A sorti un couteau d’sa poche
J’ai décroché

J’étais marié mais mon divorce a pas tardé
La cour s’était au dessus mes forces
J’ai rien gardé
Pu de char pu d’heures
Pu comptes à rendre
Pu d’examens
Pu rien d’ côté
T’es dans la rue
Tu viens d’apprendre la liberté

D’ Joe, c’est mon chien
Un soir d’automne y m’a suivi
Quand on a rien
On vaut c’qu’on donne
Je l’ai nourrit
Chien sans collier
Clochard sans laisse

On se ressemblait
On s’est reconnu
Deux purs bâtards
De haute noblesse
Le coeur tout nu

J’l’ai appelé Joe
Parce que mon frère
S’appelait comme cela
Marcher au pas
C’est une carrière
Que j’aimais pas
Pis y’a des choses qu’les chiens comprennent
Mieux et plus vite que les humains
La liberté, l’amour la haine et le destin

Joe a les yeux de son ascendance
Un bleu, un noir
J’ lui dis souvent :-« t’as bien d’la chance
¨Ca t’ permet voir  »
Un d’tes pareils dans un bouledogue
Et les deux côtés d’un miroir
Et dans les paradis d’la drogue
Le désespoir »

Dans les églises, dans les refuges
Y prennent pas de chiens
J’ comprends, ça fait tout un grabuge
Chacun le sien
¨Ca fait qu’on s’ couchent toujours ensemble
Dans les poubelles d’la société
Des fois on dort, des fois ont tremble
Même en été

Comprend moi bien, j’accuse personne
J’ connais mes torts
J’ deviens doucement un autochtone
Dans ton décor
Dans les journaux dont je m’isole
Je lis souvent le triste sort
Des pays où l’argent rigole
Avec la mort

J’ai soixante ans, des fois je rêve
Que je viens d’ trouver
Une petite cabane, sur l’abord d’une grève
Pis qu’c’est l’été
J’aimerais bien qu’mon histoire finisse
Un peu mieux qu’elle a commencé
J’attendrai pas que la police
Vienne nous pincer

La terre est une manufacture de sans-abris
J’en vois une gang sur la clôture qui m’ont compris
Chaque fois qu’tu changes de frigidaire
Tu d’viens d’me construire un logis
Jettes pas la boîte, y’a des affaires
Qui n’ont pas de prix

…La ville c’est rien qu’un grand village exproprié
Ça tolère pas, dans l’engrenage, un sablier
Y’a pas eu de chants, ni les grandes orgues
Mais par un trente en bas de zéro
On l’a trouvé prêt pour la morgue
Comme son chien d’ Joe …

L’amour de Freud pour ses chiens est un fait souvent marginalisé dans le corpus critique de sa vie et de son œuvre.  La cynophilie du grand maître de la psychanalyse est relégué à l’anecdotique, comme un trait négligeable, digne d’intérêt uniquement en ce qu’il peut apporter aux matières plus élevées, plus profondes.  L’élément canin a fait son apparition relativement tard dans la vie de Freud, ce qui ne diminue aucunement l’impact que l’animal aura eu sur lui, ce qui, en fait, l’aura augmenté, grâce à une certaine concurrence de circonstances historiques et personnels.

C’est en 1925, par le biais de sa fille Anna, que le septuagénaire a connu son premier coup de foudre canin.  Souhaitant un compagnon de promenade, Anna acquit alors Wolf, un berger allemand magnifique et intelligent avec qui Freud forma un lien d’amitié si intense qu’il suscitait en Anna une petite crise de jalousie, comme en témoignent ces lignes écrites par elle la même année :

Je n’ai pas donné de cadeau à papa pour son anniversaire parce qu’il n’y a aucun cadeau approprié pour l’occasion.  J’ai simplement apporté une photo de Wolf que j’ai prise à la blague, parce que j’affirmerai toujours qu’il a transféré la totalité de son intérêt pour moi sur Wolf. Ça lui a beaucoup plu.

Anna Freud, Wolf et Sigmund Freud. Circa 1930. Source : Le Musée Freud de Londres.

Dorénavant, à l’occasion de son anniversaire, ses chiens lui offraient un poème écrit par Anna sur des bouts de papier qu’elle plaçait sous leur collier. La photo de Wolf resta accrochée au mur de son bureau de Berggasse 19 en 1938, quand, menacé par le régime nazi, Freud a quitté Vienne pour Londres.

Sigmund Freud, Wolf, et Mabbie Burlingham. Circa 1930. Source : Le Musée Freud de Londres

Freud acquiert son propre chien en 1928, un Chow-Chow nommé Lin-Yung offert en cadeau par Dorothy Burlingham, une amie d’Anna. Malheureusement,  seulement quinze mois après son apparition dans la vie de Freud, la « petite lionne » disparait dans la gare de Salzburg, enroute vers Vienne.  Elle est découverte deux jours après sa disparition, renversée par un train.

Sept mois plus tard Freud prend chez lui la sœur de Lin-Yun, Jofi (Beauté,en Hébreu), qui sera pour lui un compagnon inestimable et une des plus douces consolations de la dernière décennie de sa vie, une période marqué par beaucoupde souffrances : la maladie, l’autodafé de ses œuvres par les nazis, la guerre, et l’exil de son pays natal. Atteint d’un cancer de la mâchoire, pendant les seize dernières années de sa vie il a dû subir trente-trois interventions chirurgicales.  Peu après l’arrivée de Jofi, Freud voyage à Berlin pour l’insertion d’une prothèse de la mâchoire supérieure, « le monstre »,  qui sépare la bouche de la cavité nasale. Cet appareil, maintes fois transformé, modifie son élocution, lui rend difficile de manger et de fumer et lui cause de continuelles souffrances.  De Berlin, il s’enquiert auprès de sa femme Martha – qui, peu amoureuse des chiens, met Jofi dans une pension pour animaux – de la condition de sa bien-aimée Jofi :  Est-ce que quelqu’un rend visite à Jofi ?  Elle me manque beaucoup.

Sigmund Freud et Jofi, 1937.

Une fois réunis, chien et maître deviendront inséparables.  Ayant énormément de difficulté à avaler, Freud offrait à Jofi les restes de ses repas, ce qui peut expliquer la silhouette grassouillette de la Chow si charmante.  Avec la progression de son cancer, la psychanalyse devient une activité de plus en plus épuisante et ardue pour Freud. Il apporte Jofi à toutes ses séances.  La présence de la chienne s’avère aussi thérapeutique pour les patientes que pour lui.  Freud découvre, en observant ses gestes et son comportement dans la présence de certaines de ses patientes, que Jofi est dotée d’une vraie capacité de jugement du caractère des hommes, un véritable baromètre émotionnel. La présence de Jofi facilite même le procédé de l’association libre. Pendant les séances de psychanalyse, l’analysant s’allonge sur un divan à la tête duquel prend place l’analyste, hors de vue, une disposition qui est censé favoriser le flux libre de l’inconscient. Contrairement à l’analyste, Jofi est en pleine vue des patientes. Elle s’étend au pied du divan, sereine et tranquille. Comme elle ne réagit aucunement à ce qu’exprime l’analysant, Freud a conclu que sa présence lui donne un sens d’acceptation et de sécurité, ce qui permet l’expression spontanée de tout ce qui passe par la tête. Jofi possédait aussi une excellente notion du temps, comme le raconte Martin, le fils de Freud : Quand Jofi se levait et bâillait, il savait que l’heure était écoulée. Elle n’était jamais en retard pour annoncer la fin d’une séance, bien que papa admette qu’il lui arrivait de faire une erreur d’une minute, au détriment du patient.

Freud admire la pureté de Jofi, sa simplicité, il l’estime plus saine d’esprit que la grande majorité des hommes :

Les chiens aiment leurs amis et mordent leurs ennemis, à la différence des êtres humains qui sont incapables d’amour pur et ne peuvent s’empêcher de mélanger l’amour et la haine dans leurs relations mutuelles.

Sigmund Freud et Jofi, 1931, Vienne. Source : Le Musée Freud de Londres

Le 12 janvier 1937 Jofi subit une intervention chirurgicale pour enlever des kystes ovariens.  Elle meurt deux jours après d’une crise cardiaque.  Ces lignes écrits par Freud à l’écrivain Arnold Zweig expriment son immense tristesse face à la perte de son amie chérie : Le deuil à part, c’est assez irréel, et on se demande quand on va se s’y habituer.  Pourtant, bien sûr, on ne peut pas facilement se débarrasser de 7 années d’intimité.

Freud et Jofi, Vienne, 1937.

Le lendemain de la mort de Jofi, Freud acquiert Lun, sa troisième Chow-Chow, qui lui avait été initialement offerte en même temps que Jofi. Mais celle-ci était tellement jalouse à l’égard de sa congénère que son maître l’avait confiée à des amis.

Peu de temps avant la mort de Jofi, Freud reçoit un manuscrit de son amie dévouée Marie Bonaparte – psychanalyse, arrière-petite nièce de l’Empereur Napoléon 1er, traductrice en français de l’œuvre de Freud et sa patiente pendant plus de 10années.  Ce manuscrit décrit le lien intime vécu entre Bonaparte et son propre Chow-Chow Topsy. Freud avait une affection particulière pour Topsy qui, comme lui, était atteint d’un cancer buccal et, aussi comme lui, a dû subir de la röntgenthérapie dans le traitement de ses nombreuses tumeurs.  Il écrit à Bonaparte :

Meine liebe Marie, j’ai reçu à l’instant votre manuscrit sur Topsy. Il me plaît : il est si émouvant de naturel et si véridique. Ce n’est pas un travail analytique mais on perçoit, derrière cette création, le besoin de vérité et de savoir de l’analyste. (Freud S., Correspondance (1873-1939), trad. A.Berman avec la collaboration de J.-P. Grossein, Paris, Gallimard, 1979, lettre du 6 décembre 1936, p. 473)

"“Tu ne parles pas, Topsy, tu ne troubles pas ma contemplation du récit étranger de tes maux, de tes querelles. Et puis surtout, tu es toi-même un morceau de cette nature qui porte, berce, nourrit, tue, mais n’est pas de l’humain ! Fragment de vie comme le rossignol des jardins et des bois, tu partages avec lui au regard de mon coeur l’innocence animale.” Marie Bonaparte, Topsy, chow-chow au poil d'or. Paris, Les Editions Denoël

C’est Bonaparte qui procurera les papiers permettant à la famille Freud de quitter Vienne pour s’exiler à Londres. Dans l’intervalle, Freud et Anna traduisent l’œuvre de Bonaparte,  Topsy, le chow-chow aux poils d’or, en allemand.  Dans une lettre qu’il a adressée à Bonaparte, il décrit cet attachement tendre à son propre chien :

Telles sont réellement les raisons pour lesquelles on peut aimer un animal comme Topsy (ou Jofi), avec une profondeur aussi singulière, cette inclination sans ambivalence, cette simplification de la vie libérée du conflit avec la civilisation, conflit si difficile à supporter, cette beauté d’une existence parfaite en soi. Et pourtant, en dépit de toutes les différences du développement organique, ce sentiment de parenté intime, d’intimité incontestée.  Souvent en caressant Jofi,  je me suis surpris à fredonner une mélodie que je connais bien, quoique je ne sois pas du tout musicien : l’aria de Don Giovanni, Un lien d’amitié nous unit tous deux…(Ibid)

Le 9 avril 1938, un mois après l’annexion de l’Autriche par l’Allemagne nazie, Freud écrit « traduction de Topsy fini».

Martha Freud, Sigmund Freud, Lun, Marie Bonaparte, Ernst Freud et Josefine Stross à la maison de Bonaparte à Paris en route vers l’Angleterre, 1938. Source : Le Musée Freud de Londres.

Topsy, chow-chow au poil d'or, Marie Bonaparte Paris, Les Editions Denoël 1937.

Marie Bonaparte et l’ambassadeur des Etats-Unis William C.Bullit accueillant Sigmund Freud à Paris lors de son exil vers Londres en 1938 © Collection Bourgeron

Lun accompagne son maître à Londres en 1938. La chienne doit se soumettre à la quarantaine de six mois, et Freud, malgré ses 82 ans et sa douleur physique, vient régulièrement lui rendre visite. À la fin de la quarantaine, elle peut enfin rejoindre son maître.  Tristement, la joie n’est que trop fugitive car, en août 1939, une grande plaie s’ouvre dans la joue de Freud et son maxillaire commence à pourrir.  Marie Bonaparte fait venir à Londres le même radiologue qui a guéri Topsy pour traiter Freud, mais ses efforts sont vains car le cancer est devenu inopérable. Lun a toujours adoré son maitre, et, comme Jofi, Freud l’a jugé beaucoup plus saine d’esprit que ses compagnons humains.  Mais, incapable de supporter l’odeur très forte de la décomposition provenant des tumeurs buccaux de son maitre, Lun commence à se distancer de Freud, à se mettre à l’autre bout de sa chambre.  Isolé, trop malade pour lire ou même pour parler, Freud écrit « mon univers est ce qu’il était auparavant : un petit îlot de souffrance nageant sur un océan d’indifférence ». Lorsque la douleur devient insupportable, Freud appelle à son chevet son médecin et ami Max Schur, le priant de tenir sa promesse de le délivrer de sa souffrance quand le temps serait venu.  Selon le désir de Freud, Schur lui fait une injection sous-cutanée de deux centigrammes de morphine.  Freud entre dans le coma et ne se réveille plus. Il meurt le 23 septembre 1939 à trois heures du matin.

Certains suggèrent que la cynophilie de Freud était l’expression d’une misanthropie croissante. Sa vie professionnelle était marquée par de nombreuses ruptures (notamment,celle avec Carl Gustav Jung en 1913), des querelles et des jalousies.  En janvier 1920 sa fille ainée, Sophie, meurt à l’âge de 26 ans de la grippe espagnole.  En juin 1923 – l’année où se déclare le cancer de Freud – un des fils de Sophie, Heinz, meurt à 4 ans, et entre 1920 et 1939 il est témoin de l’ascension du fascisme et de l’antisémitisme en Europe.  En mai 1933, ses livres sont brûlés sur la place publique en Allemagne et sa doctrine est condamnée comme « science juive ».   Il est finalement chassé de son pays natal et, après son mort,  ses quatre sœurs seront exterminées dans les camps de concentration.  N’avait-il pas un peu raison de préférer les chiens aux hommes…

Freud et Jofi, 1937, Vienne.

Vidéo :  Sigmund Freud, Anna Freud et Lun.  Vienne, 1937.
Source : Archives du Musée Sigmund Freud, Vienne.
http://www.freud-museum.at/freud/media/37lun-e.htm

Vidéo enregistré et narré par Anna Freud, 1932 :
http://www.youtube.com/watch?v=wyZWEtBQzJ0

Anna Freud et son propre Chow-Chow, un déscendant de Lin-Yung et de Jofi, nom inconnu. Circa 1980. Source : Le Musée Freud de Londres

Freud et Jofi en BD. Freud de Corinne Maier et Anne Simon – Editions Dargaud (2011)

Ancien candidat à la mairie de Marseille, aujourd’hui l’infatigable et le très sagace Saucisse continue de prôner « une sauciété plus humaine, contre une vie de chien » comme en témoigne son livre Saucisse face à la crise (éd. Jigal, 2010, 208 p) traduit du chien par son maître aussi sympa, Serge Scotto.

Saucisse et son maître au Grand Journal, le 18 novembre 2011:

http://www.wat.tv/video/grand-journal-18-11-2011-4iqv3_2hk6h_.html

Saucisse et Scotto au 3e Festival du livre de la Canebière, le 11 juin 2011.

Dans son dernier opus Saucisse is watching you (éd. Jigal, 2011, 184 p), le cinquième tome des tribunes de Saucisse, le très perspicace plus-ou-moins teckel nous apporte ses réflexions sur la société humaine qui l’entoure.

Extrait:

La rumeur

C’est une silhouette longiligne, à qui l’on donnerait la trentaine et relevée d’une coiffure rousse. La coupe plus courte d’après certains, avec peut-être quelque chose de changé dans le visage, mais ça ne veut rien dire avec tout ce qu’on peut faire aujourd’hui grâce au maquillage de cinéma… Et puis ce n’est pas comme sur les photos ! D’ailleurs tous les témoins sont unanimes, qui l’ont bien reconnue. Il faut dire qu’elle est très reconnaissable ! Sa démarche gracieuse est unique, digne d’un top model bien qu’elle ne portait, avec élégance, qu’un simple jean sous une veste de tailleur, comme la première employée d’agence immobilière venue. Avec un casque de moto sous le bras, à la visière fumée, sans doute pour tromper son monde et se déplacer incognito en ville… Mais c’était elle ! Tous ceux qui l’ont vue et ceux qui ont vu ceux qui l’ont vue pourront vous le confirmer… et la preuve, c’est que le beau-frère d’un policier l’a appris par le cousin de l’infirmier qui soignait le sida d’Adjani… à l’époque. C’est pour dire le sérieux de la rumeur ! On l’aurait ces temps-ci aperçue plusieurs fois rasant les murs rue d’Endoume, où elle ferait des passages discrets, comme par hasard à deux pas de chez mon maître… Et c’est comme ça que des bruits ont commencé à courir. On sait qu’elle aime les artistes, les paroliers… Et mon maître n’est-il pas l’auteur de refrains immortels, tel celui de ma chanson «Petit chien des rues» qui fait le buzz sur le net : «Ouah ouah ouah, ouah ouah ouah, ouah ouah ouah ouah ouah ouah ouah !» L’aurait-elle approché pour mettre son talent d’écriture à contribution, avant de tomber sous son charme animal ? La notoire sensibilité de gauche de celle qui ne reste après tout qu’une simple femme, aurait-elle été touchée par le secret de sa sauce bolognese aphrodisiaque (je ne devrais pas vous le dire, mais il suffit de laisser la tomate attacher un peu beaucoup au bord du poêlon) ? Leurs origines italiennes auraient-elle fait le reste pour nouer leurs corps dans cette union impossible ? Et secrète ! Dont tout le monde parle à Marseille… Alors malgré le mépris que m’inspire la rumeur, mon devoir de journaliste intègre m’impose de la mettre à bas, afin de retrouver la paix du foyer, que cesse la traque des paparazzi et je sais que malgré sa vantardise invétérée et le bénéfice qu’il espérait tirer de ces élucubrations, mon maître ne m’en voudra pas longtemps d’avoir trahi les secrets de notre chambre et de la mascarade : je couche tous les soirs à ses pieds et je peux vous jurer que mon maître n’est pas le nouvel amant de Carla Bruni ! Ne croyez pas les on-dit, c’est ce dangereux mythomane qui les a propagés lui-même pour se rendre intéressant : mais en réalité, mon maître ne s’est jamais tapé la première dame de France, de loin s’en faut ! Eh non… Pour l’instant, il drague la boulangère.

Saucisse veille sur nous.

Dylan et son chien dans son studio d'art, 1985.

Grand amoureux des chiens, Dylan, selon ses proches, démontre une affection particulière pour les chiens errants, comme le beagle ci-dessous qu’il a recueilli et hébergé chez lui.

Dylan et son beagle, date inconnu.

Influencé énormément par son art et sa politique,  la poète et chanteuse Patti Smith raconte comment un nuit à l’Hôtel Chelsea à New York, elle et son amant de l’époque, Sam Shepard, ont partagé le même rêve de Dylan et son chien, capturé dans ce poème:

Dog Dream
Patti Smith, circa 1972

have you seen
dylan’s dog
it got wings
it can fly
if you speak
of it to him
its the only
time dylan
can’t look you in the eye

have you held
dylan’s snake
it rattles like a toy
it sleeps in the grass
it coils in his hand
it hums and it strikes out
when dylan cries out
when dylan cries out

have you pressed
to your face
dylan’s bird
dylan’s bird
it lies on dylan’s hip
it lies on dylan’s hip
trembles inside of him
it drops upon the ground
it rolls with dylan round
it’s the only one
who comes
when dylan comes

have you seen
dylan’s dog
it got wings
it can fly
when it lands
like a clown
he’s the only
thing allowed
to look dylan in the eye

Quand, quelques années plus tard, Dylan l’a questionné au sujet du poème, elle lui a répondu tout simplement, « Je ne sais pas, Bob.  Ce n’était qu’un rêve ».

Bob Dylan et Patti Smith à une fête à la maison d'Allen Ginsberg à Greenwich Village, New York, 1975. Photo : Ken Regan

If Dogs Run Free
Bob Dylan, 1970

If dogs run free, then why not we
Across the swooping plain
My ears hear a symphony
Of two mules, trains and rain
The best is always yet to come
That’s what they explain to me
Just do your thing, you’ll be king
If dogs run free.

If dogs run free, why not me
Across the swamp of time 
My mind weaves a symphony
And tapestry of rhyme
Oh, winds which rush my tale to thee
So it may flow and be
To each his own, it’s all unknown
If dogs run free.

If dogs run free, then what must be
Must be and that is all
True love can make a blade of grass
Stand up straight and tall
In harmony with the cosmic sea
True love needs no company
It can cure the soul, it can make it whole
If dogs run free.

Dylan avec un chien lors de sa tournée de l'été 2000. Telluride, Colorado.

Tundra, un border collie de 8 ans et un chien thérapeutique certifié , fait partie intégrale d’un projet pilote de zoothérapie lancé par le Service d’appui au succès scolaire (SASS) de l’Université d’Ottawa à Ottawa, Canada, visant les étudiants de l’université.  Cette nouvelle initiative permet à tous ceux et celles vivant des situations difficiles, stressantes ou angoissantes de venir passer quelque temps avec Tundra, le chouchou adoré d’Audrey Giles, professeure agrégée à l’École des sciences de l’activité physique à l’Université d’Ottawa.

Le beau Tundra

Jardin Mozart du Café Reber.

Dans le jardin Mozart du café Reber (confiseur depuis 1865 du fameux Mozartkugeln) à Bad Reichenhall, Bavière, Allemagne, on trouve un Mozart en bronze, une Constanze assise à ses côtés, et leur chien Bimberl qui saute vers un morceau de gâteau.

Dans sa correspondance, Mozart mentionne au moins deux chiens portant le nom Bimperl. Le premier, une chienne qui était le chouchou de la famille Mozart entre 1773 et 1777, et un deuxième, un mâle portant le même nom, qui vivait avec Constanze et lui à leur résidence à Vienne.  Ces lettres permettent de supposer que les deux Bimperls étaient soit de race fox-terrier, soit de race foxhound.

Grand ami des animaux, Mozart avait aussi un canari. Cette lettre écrite à sa soeur Nannerl le 19 mai 1770 témoigne de son affection pour lui:

Naples

Cara sorella mia!

Vi prego di scrivermi presto e tutti i giorni di posta. Io vi ringrazio di avermi mandato questi cahiers d’arithmétique , et vi prego, se mai voleté avère mal di testa, di mandarmi ancora un poco de ces sciences. Perdonate mi che scrivo si malamente, ma la razione è perché anche io ebbi un poco mal di testa. Le douzième menuet de Haydn, que tu m’as envoyé, me plaît beaucoup, et tu y as ajouté une basse incomparable et sans la moindre faute. Je t’en prie, fais souvent de pareils essais.

Maman ne doit pas oublier de faire nettoyer les deux fusils. Écris-moi comment va notre maître canari; chante-t-il encore ? siffle-t-il toujours? Sais-tu pourquoi je pense à notre canari? parce qu’il y en a un dans notre antichambre, qui s’en donne, comme le nôtre…

Pendant 3 ans à Vienne, Mozart avait un étourneau sansonnet, la première mention duquel se trouve dans une entrée faite par Mozart dans son livre de comptes quand il l’a acheté le 27 mai 1784.  Il a noté son prix et son chant:

Vogel Stahrl 34 Kr [Étourneau : 34 kreutzer]

Das war schön!  [Que c’était beau!]

À noter la proximité entre ce passage et le thème du troisième mouvement du concerto pour piano nº 17 en sol majeur, KV. 453, que Mozart a composé trois semaines auparavant. Selon certaines sources, lors d’une visite chez un oiseleur, le compositeur aurait sifflé quelques mesures de son concerto.  A la visite suivante l’oiseau aurait répété la phrase musicale avec une telle précision que Mozart l’aurait acheté.

À la mort de son son étourneau bien-aimé, Mozart l’a enterré  et lui a même dédié un poème:

Ci-git un bien cher fou, un petit étourneau.
Dans ses meilleures années il dut éprouver de la mort l’amère douleur.
Saigne mon coeur à cette seule pensée.
Lecteur! Verse toi aussi une petite larme pour lui.
Il n’était pas méchant mais peut-être trop bruyant,
Et parfois même un petit espiègle vilain, sans être toutefois un gredin.
Sans doute est-il déjà là-haut pour me louer de ce service d’ami, absolument gratuit.
Car lorsqu’à l’improviste il s’est évanoui,
il n’eut pas de pensée pour celui qui sait si bien rimer.

le 4 juin 1787, Mozart

Je crois qu’il n’est pas trop audacieux de suggérer que ces oiseaux de sa vie ont excercé une certain influence sur la musique du compositeur, ce qui me frappe comme assez évident en écoutant l’aire de la Reine de la Nuit de La Flûte enchantée, K. 620 , pour ne pas mentionner les très charmants personnages de Papageno et Papagena du même opéra.

Papageno.

 Le bonheur est un oiseau qu’il ne faut pas saisir.
Wolfgang Amadeus Mozart