Jacques Prévert et son chien

Jacques Prévert et son barbet.
Photo: Robert Doisneau

Il faut passer le temps, Jacques Prévert (1963)

On croit que c’est facile
de ne rien faire du tout
au fond c’est difficile
c’est difficile comme tout
il faut passer le temps
c’est tout un travail
il faut passer le temps
c’est un travail de titan

Ah!
du matin au soir
je ne faisais rien
rien
ah! quelle drôle de chose
du matin au soir
du soir au matin
je faisais la même chose
rien !
je ne faisais rien
j’avais les moyens

j’aurais pu tout avoir
ouiah ! quelle triste histoire

ce que j’aurais voulu
si je l’avais voulu
je l’aurais eu
mais je n’avais envie de rien
rien

Un jour pourtant je vis un chien
ce chien qui me plut je l’eus
c’était un grand chien
un chien de berger
mais la pauvre bête
comme elle s’ennuyait
s’ennuyait
s’ennuyait d’son maître
un vieil Ecossais
j’ai acheté son maître
j’avais les moyens
ah !
quel drôle d’écho
oh !
quel drôle d’Ecossais c’était
que le berger de mon chien
toute la journée il pleurait
tout la nuit il sanglotait
ah !
c’était tout à fait insensé
l’Ecossais dépérissait
il ne voulait rien entendre
il parlait même de se pendre
J’aime mieux mes moutons
chantait-il en écossais
et le chien aboyait
en l’entendant chanter
j’avais les moyens
j’achetai les moutons
je les mis dans mon salon
alors ils broutèrent mes tapis
et puis ils crevèrent d’ennui
et dans la tombe
l’Ecossais les suivit
ah !
et le chien aussi

C’est alors que je partis en croisière

Pour me calmer mes-petits-nerfs.

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