Les personnes sans abri et leurs chiens

Il y en a qui manifestent de l’hostilité envers les personnes sans domicile fixe ayant un chien. Certains, en fait, sous le prétexte de la prétendue sécurité (« ces chiens sont souvent sans laisse ») ou de la « santé » (« ils se reproduisent en masse, ils sont des vecteurs pour la transmission des maladies ») voudraient même interdire aux sans abris le droit d’avoir un chien.

Ceux qui voudraient priver ces personnes déjà marginalisées et exclues socialement de la moindre dignité, du moindre confort, ceux qui ont la condescendance si outrancière de dicter à ces personnes ce à quoi ils ont droit – sans aucune connaissance des réalités de leurs vies – font preuve non seulement d’un profonde manque d’empathie et de chaleur humaine, mais, aussi, d’un ignorance des maintes façons – pratiques et emotionnelles – par lesquelles un chien peut s’avérer bénéfique et précieux à une personne qui vit dans la rue. Le chien a des qualités de protecteur, il sert de garde du corps et des biens de son maître, sa presence lui est rassurante. Un chien est un lien social, un repère affectif. Le plus sur des amis, un chien ne te juge pas, il te regarde dans les yeux, il te traite avec dignité. Contrairement au stéréotype voulant que les chiens des sans-abris sont violents et agressifs, les chiens de la rue sont les mieux socialisés, car ils sont fréquemment entourés, et les personnes sans abri qui ont un chien sont souvent plus désocialisés que les autres.

Nous sommes tous des sans-abri.

La principale difficulté recontrée par les personnes SDF ayant un chien est la même difficulté rencontrée par toute personne SDF : le logement. Cette difficulté est rendue autant plus ardue pour la personne SDF ayant un chien par le fait que très peu de structures d’accueil acceptent les chiens. Citons la Fondation 30 Millions d’Amis, qui, en 1999, en mettant à flot la péniche « Le Fleuron » – amarré à un quai de Seine et ouvert toute l’année – a crée le premier lieu d’acceuil pour les sans abri et leurs chiens à Paris :

Aujourd’hui, un SDF est encore trop souvent obligé de laisser son compagnon de route pour bénéficier d’une nuit au chaud, d’un repas, d’une douche… En effet, trop peu d’hébergement d’urgence acceptent les animaux. Le sans-abri est donc contraint d’abandonner son chien, son compagnon d’infortune pour se mettre au chaud. Pour la plupart, cette séparation est impossible car le lien qui les unit à leur animal est tellement fort qu’ils préfèrent rester dehors, même en plein hiver, que de de voir s’en séparer. Son chien étant, bien souvent, le dernier lien social qui lui reste. (Source : http://www.30millionsdamis.fr/la-fondation/nos-actions/proteger-les-animaux/le-fleuron-peniche-du-coeur/le-fleuron-peniche-du-coeur.html)

C’est une situation complexe, bien sûr, mais la solution n’est certainement pas de priver les personnes d’une relation qui relève souvent de la survie psychologique la plus fondamentale. À Bruxelles, non loin de la gare centrale, quatres containers ont été installés qui permettront le logement de 16 personnes et leurs chiens.  À Lyon, la Maison de Rodolphe peut accueillir 10 SDF avec leurs chiens dans des conditions de confort et de sécurité.  L’organisation française Gamelles Pleines met des croquettes à disposition aux différents centres d’accueil et apporte des soins de base aux chiens des personnes sans abri. À Vancouver, Canada The New Fountain Shelter peut acceuiller 28 personnes et leur animal. Ce sont des actions encourageantes et on espère qu’elles se multiplient et se repandent ailleurs.

Le chien c'est la famille.

La Ballade d’un sans-abri
Gilles Vigneault, 2003

J’avais dix ans, lorsque mon père nous a laissé
La vie, c’est une forêt d ‘misères a traversé
Mon frère est parti, militaire
Ma sœur, est entrée au couvent
A la petite voile, faut toujours
Faire avec le vent

Des cours du soir, une bonne mémoire
Je passe les détails
Je suis devenu un prof d’histoire
Un vrai travail,
Un beau matin, un jeune tout croche
Que mes remarques avaient fâché
A sorti un couteau d’sa poche
J’ai décroché

J’étais marié mais mon divorce a pas tardé
La cour s’était au dessus mes forces
J’ai rien gardé
Pu de char pu d’heures
Pu comptes à rendre
Pu d’examens
Pu rien d’ côté
T’es dans la rue
Tu viens d’apprendre la liberté

D’ Joe, c’est mon chien
Un soir d’automne y m’a suivi
Quand on a rien
On vaut c’qu’on donne
Je l’ai nourrit
Chien sans collier
Clochard sans laisse

On se ressemblait
On s’est reconnu
Deux purs bâtards
De haute noblesse
Le coeur tout nu

J’l’ai appelé Joe
Parce que mon frère
S’appelait comme cela
Marcher au pas
C’est une carrière
Que j’aimais pas
Pis y’a des choses qu’les chiens comprennent
Mieux et plus vite que les humains
La liberté, l’amour la haine et le destin

Joe a les yeux de son ascendance
Un bleu, un noir
J’ lui dis souvent :-« t’as bien d’la chance
¨Ca t’ permet voir  »
Un d’tes pareils dans un bouledogue
Et les deux côtés d’un miroir
Et dans les paradis d’la drogue
Le désespoir »

Dans les églises, dans les refuges
Y prennent pas de chiens
J’ comprends, ça fait tout un grabuge
Chacun le sien
¨Ca fait qu’on s’ couchent toujours ensemble
Dans les poubelles d’la société
Des fois on dort, des fois ont tremble
Même en été

Comprend moi bien, j’accuse personne
J’ connais mes torts
J’ deviens doucement un autochtone
Dans ton décor
Dans les journaux dont je m’isole
Je lis souvent le triste sort
Des pays où l’argent rigole
Avec la mort

J’ai soixante ans, des fois je rêve
Que je viens d’ trouver
Une petite cabane, sur l’abord d’une grève
Pis qu’c’est l’été
J’aimerais bien qu’mon histoire finisse
Un peu mieux qu’elle a commencé
J’attendrai pas que la police
Vienne nous pincer

La terre est une manufacture de sans-abris
J’en vois une gang sur la clôture qui m’ont compris
Chaque fois qu’tu changes de frigidaire
Tu d’viens d’me construire un logis
Jettes pas la boîte, y’a des affaires
Qui n’ont pas de prix

…La ville c’est rien qu’un grand village exproprié
Ça tolère pas, dans l’engrenage, un sablier
Y’a pas eu de chants, ni les grandes orgues
Mais par un trente en bas de zéro
On l’a trouvé prêt pour la morgue
Comme son chien d’ Joe …

Les commentaires sont fermés.

%d blogueurs aiment cette page :